« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Nature, simplicité et vertu


   On s'achemine progressivement dans la deuxième moitié du 18e siècle vers une plus grande simplicité et une beauté naturelle. L'état de nature est à la mode : influence de Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre, de Goethe. Ces dames habillent leurs garçons pour aller aux Tuileries de costumes-culottes de toile gros bleu galonnée de blanc, plus pratiques pour jouer que les costumes d'adultes en miniature que portaient alors les enfants. 

   Cette « rusticité » de la deuxième moitié du siècle s'accompagne d'une certaine propreté « naturelle » : on use moins de fard et de parfum, et si les joues rougissent, on veut que ce soit de pudeur et d'innocence ; le siècle célèbre la vertu (1). On passe ainsi de Crébillon Fils à La Nouvelle Héloïse et à Werther, de Fragonard à Mme Vigée-Lebrun dont les portraits sont la figuration sentimentale d'une certaine intimité et d'un savant négligé : ses tableaux présentent une certaine mollesse du trait, des femmes douces et de jolis bambins. 

   La règle du 17e siècle était la maîtrise de soi : raideur de l'étiquette et donc du costume ; le 18e libère l'expression tant artistique que physique et le langage des sentiments est autorisé à s'exprimer par la plasticité du visage. C’est le temps des sensations et des émotions et, en peinture, l'utilisation du pastel. Dans les années 70, la peinture renonce pour l'essentiel aux significations allégoriques pour ne plus laisser s'exprimer que l'esthétique des objets : ainsi commence la « modernité ».  

   La mode s'émancipe donc tout en aspirant à plus de simplicité et de confort, notamment dans les tissus. 

La toile de Jouy 

Toile de Jouy   En 1759, dans sa manufacture de Jouy-en-Josas (actuellement département des Yvelines), Christophe Oberkampf (né en Bavière en 1738, mort à Jouy en 1815) introduit l'impression mécanique des étoffes. Ses toiles portent les décors à la mode signés de peintres célèbres. Les pastorales, les antiquités, les scènes de genre ou les chinoiseries éparpillées sur des semis de branches et de fleurs ont alors un grand succès à travers l'Europe. La manufacture est détruite en 1815 par les armées anglaises.

L'indienne 

Indienne (Musée du textile, Wesserling, Alsace)   Les « indiennes » (originaires d'Inde) imprimées sont importées massivement en France. S'en inspirant, les manufactures de Mulhouse (ville-libre) en reprennent la technique et produisent à leur tour ce tissu de coton dont la fabrication est alors interdite dans le royaume. Vendues à la foire de Beaucaire, ces indiennes alsaciennes sont à leur tour copiées et donnent naissance au… tissu provençal !

Sources : Dictionnaire d'histoire de l'art, Éditions P.U.F.

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Notes

(1) Mais le vice rejoint la vertu. Sébastien Mercier écrit en exergue du tome III de son Tableau de Paris l’expression latine Corruptio optimi pessima, soit « La pire corruption est celle du meilleur. » Cette formule fait recette à la fin du 18e siècle. Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur vertueux (?) de Paul et Virginie, écrit : « Ce n’est pas que les femmes soient plus susceptibles des passions cruelles que les hommes ; elles y sont moins sujettes par leur nature douce et compatissante ; mais lorsqu’elles se rencontrent en elles, elles y accueillent quelque chose de plus dangereux : corruptio optimi pessima. » La Harpe déclare : « Il y a longtemps, par ce principe bien connu de tous les hommes qui ont réfléchi, que l’abus possible des meilleures choses est un vice attaché à la nature humaine, et même que l’abus en est d’autant plus dangereux que la chose elle-même est meilleure, suivant l’axiome des Anciens : corruptio optimi pessima. »

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