La Bruyère et le style (ajout)

   Les nombreux livres des Caractères de La Bruère s’ouvrent tous sur un chapitre consacré aux « ouvrages de l’esprit » : remarques sur la poétique et la rhétorique, les genres et les styles, bref sur une théorie littéraire.

Extraits de « Des ouvrages de l’esprit »    

   « Tout l’esprit d’un auteur consiste à bien définir et à bien peindre. Moïse, Homère, Platon, Virgile, Horace ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs images : il faut exprimer le vrai pour écrire naturellement, fortement, délicatement. » (1688)

   « Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n’y en a qu’une qui soit la bonne. On ne le rencontre pas toujours en parlant, ou en écrivant ; il est vrai néanmoins qu’elle existe, que tout ce qui ne l’est point est faible, et ne satisfait point un homme d’esprit qui veut se faire entendre… Un bon auteur, et qui écrit avec soin, éprouve souvent que l’expression qu’il cherchait depuis longtemps sans la connaître, et qu’il a enfin trouvée, est celle qui était la plus simple, la plus naturelle, qui semblait devoir se présenter d’abord et sans effort (1688).

   « L’éloquence est au sublime ce que le tout est à sa partie. Qu’est-ce que le sublime ? […] Le sublime ne peint que la vérité, mais en un sujet noble, il la peint tout entière, dans sa cause et dans son effet ; il est l’expression ou l’image la plus digne de cette vérité. Les esprits médiocres ne trouvent point l’unique expression et usent de synonymes. » (1688)

   On peut lire aussi sa Préface au Discours de réception de l’Académie française :

   « Il paraît une nouvelle satire écrite contre les vices en général, où personne n’est nommé ni désigné, où nulle femme vertueuse ne peut ni ne doit se reconnaître ; un BOURDALOUE[1] en chaire ne fait point de peintures du crime ni plus vives ni plus innocentes : il n’importe, c’est médisance, c’est calomnie. Voilà depuis quelque temps leur[2] unique ton, celui qu’ils emploient contre les ouvrages de mœurs qui réussissent : ils y prennent tout littéralement, ils les lisent comme une histoire, ils n’y entendent ni la poésie ni la figure ; ainsi ils les condamnent. » (Extrait)    

   Et voici la Préface des Caractères :

   « L’orateur et l’écrivain ne sauraient vaincre la joie qu’ils ont d’être applaudis ; mais ils devraient rougir d’eux-mêmes s’ils n’avaient cherché par leur discours ou par leurs écrits que des éloges ; outre que l’approbation la plus sûre et la moins équivoque est le changement de mœurs et la réformation de ceux qui les lisent ou qui les écoutent… » (Extrait).

 

[1] Célèbre prédicateur de l’époque.

[2] Renvoie à ces « oiseaux lugubres », les détracteurs des Caractères, partisans des Modernes.

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