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Le mythe du héros

On peut regrouper :

* L'Iliade (Homère, 9e siècle av. J.-C.)

* La Chanson de Roland (anonyme, 12e siècle)

* La Légende des siècles (Hugo, 1859-1883)

* Tête d'Or (et d'autres pièces de Claudel, 1889)

* La Condion humaine (Malraux, 1933)

* et d'autres... 

Le mythe de Don Quichotte

   Dans son ouvrage Les 100 mythes de la culture générale, Éric Cobats cite Michel Foucault (Les Mots et les Choses, 1966) à propos de Don Quichotte : « Don Quichotte(Cervantès, 1605) est la première des œuvres modernes puisqu’on y voit la raison cruelle des identités et des différences se jouer à l’infini des signes et des similitudes ; puisque le langage y rompt sa vieille parenté avec les choses, pour entrer dans cette souveraineté solitaire d’où il ne réapparaîtra, en son être abrupt, que devenu littérature ; puisque la ressemblance entre là dans un âge qui est pour elle celui de la déraison et de l’imagination. »

   Ainsi, Cervantès « impose un nouveau visage pathétique de la requête d’idéal..., un idéal chevaleresque devenu anachronique.»

   Folie due aux romans de chevalerie qui encombrent sa bibliothèque et son imagination ? Peu importe : l’essentiel est dans la résistance : don Quichotte se bat pour le droit du désir à se prendre pour la réalité. Refus du présent, entretien des valeurs d’un passé fictif, mythique, un passé effacé par la modernité.

   Une quête reprise par... Emma Bovary !    

   Don Quichotte peut illustrer les notions d’idéalisme, vérité et vertu. 

Sources : Les 100 mythes de la culture générale, Éric Cobats, PUF « Que sais-je », première édition 2010. 

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Autres mythes

 

   Ajoutons que Denis de Rougemont, dans L’Amour et l’Occident, souligne que la modernité n’a inventé que deux mythes, alors que l’Antiquité en a créé la majeure partie : celui de don Juan et celui de Faust. Don Juan est l’homme de la passion éternelle, Faust celui de la jeunesse éternelle. Refuser la vieillesse, c’est sacrifier au culte donjuanesque de la séduction ainsi que pactiser avec le diable afin de boire l’élixir de jouvence.

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À propos des mythes

   En 1957, Roland Barthes écrit dans Mythologies : « Qu’est-ce qu’un mythe aujourd’hui ? Je donnerai tout de suite une première réponse très simple, qui s’accorde parfaitement avec l’étymologie : le mythe est une parole. »

   En effet, le grec mythos, « la parole », concurrence le logos (traduit aussi par « la vérité »). On peut donc sous-entendre que le mythe est une parole trompeuse, qui falsifie la vérité. C’est vrai en partie : le mythe est un discours fictionnel mais qui n’est pas faux. Barthes rappelle que le mythe est détenteur d’une vérité qui s’exprime de façon indirecte, construite sur des images, des analogies et des métaphores. Il faut donc interpréter cette parole.

   Le philosophe et l’historien s’appuient sur le logos, les artistes, les orateurs, les prêtres, les hommes politiques sur le mythos, indépendamment de la raison. Le mythe parle à l’imagination et à la sensibilité, il rend sensible un message avant de le rendre intelligible. Le mythe ne demande rien alors que la raison exige du temps, de l’attention, une éducation et une méthode. Le mythe semble donc nécessaire à la transmission de l’universel mais peut se révéler dangereux aux mains des démagogues.         

   Qui dit image dit simplification du réel et naturalisation de l‘expression. Le mythe donne ainsi l’illusion d’une nature nécessaire, immuable, intangible et parfaite, alors que l’histoire façonne une réalité complexe et mouvante. Le mythe ajoute des certitudes et nous conforte dans une croyance en un temps cyclique, sacralisant ainsi notre rapport aux choses.  

   Mircea Eliade s’intéresse à cette dimension anthropologique et ethnologique dans son ouvrage Mythes, rêves et mystères : « Étant réel et sacré, le mythe devient exemplaire et par conséquent répétable, car il sert de modèle et conjointement de justification à tous les actes humains. En d’autres termes, un mythe est une histoire vraie qui s’est passée au commencement du Temps et qui sert de modèle au comportement des humains. »   

   En somme, le mythe est fondateur, il renvoie à une origine sacrée, à une parole imagée et première. Le mythe est archaïque au double sens grec du mot : il commence et commande, d’où sa puissance.  

Sources : Sources du paragraphe : Les 100 mythes de la culture générale, Éric Cobats, PUF « Que sais-je », première édition 2010. 

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Date de dernière mise à jour : 24/04/2021