« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Uranus ou le renouveau des idées

Introduction

   Le XVIIe siècle classique de Louis XIV (dont l’ego particulièrement fort le pousse à dire : « L’État, c’est moi ») représente toutes les caractéristique saturniennes, aussi bien socialement que culturellement et Versailles est l'image parfaite de la société de cour, aristocratique et très formaliste. Principes de la monarchie de droit divin, de l’union de l’Église (Jupiter) et de l’État (Saturne), privilèges sociaux, dogmatisme religieux et science mécanique de Descartes (les animaux sont des machines) seront combattus au siècle suivant par Uranus et son idéal de liberté.     

Généralités sur la symbolique uranienne

   Les attributs uraniens, si l’on s’en réfère à l’époque de sa découverte (1780) et uniquement à elle, sont bien faciles à déterminer.

   * Au XVIIIe, on est parti à la conquête de l’espace avec les montgolfières (verticalisation de l’énergie et dégagement de la pesanteur terrestre de Saturne) et on a, au cours du siècle, inventé une foule d’outils hautement techniques. A côté de cela, on note une perte du sens religieux et la montée de l’athéisme. On remarque chez l’homme une volonté d’égaler Dieu, de ne plus écouter la voie du cœur considérée comme désuète et de s’engager dans une conquête de la matière sans respect ni mesure. Toutes les découvertes techniques avant 1700 ne dépassent pratiquement pas le monde des sens et les voyages ses réalisent sur un plan horizontal : le septénaire (1) suffit.

   * Uranus paraît signifier en premier lieu un renversement des valeurs (ou une nouvelle orientation de ces valeurs), la révolution ne faisant que stigmatiser au grand jour ce courant novateur qui travaille le siècle (avant la découverte proprement dite). Uranus, c’est l’ère de la modernité dans tous les domaines grâce aux progrès de la science.

   * Donc, deuxième point, Uranus apporte la science, la technique, le commerce, les premiers grands voyages, la relativité de l’être humain et la notion d’Europe, voire de monde : l’individu prend conscience de l’humanité dans son ensemble (cf. l’article « Homme » dans l’Encyclopédie initiée par Diderot), ce qui paraît en contradiction avec le principe d’individuation cher à l’astrologie de Dane Rudhyar.

   * Paraît seulement puisque c’est effectivement la naissance de l’individu littéraire : première autobiographie, Les Confessions de Rousseau, premiers romans épistolaires où le « je » prédomine, émergence d’une nouvelle sensibilité littéraire, naissance du roman proprement dit, genre littéraire totalement méprisé au début du siècle mais qui va gagner peu à peu ses lettres de noblesse. N’oublions pas que, la littérature s’inscrivant dans l’histoire, il ne faut pas négliger les modifications sociologiques ou les changements de mœurs.

   Le même changement s’opère en Angleterre, en Allemagne et en Russie (à un moindre degré). L’Europe entière est en tout cas secouée par une vague d’optimisme et de naïveté où l’on assimile la science au progrès que l’on retrouve aux USA de nos jours, parce que ce peuple est bien né de cet idéalisme et de la croyance en la liberté, nationale et individuelle, et de nouvelles valeurs mises à jour par Uranus.

   Notons enfin la rencontre importante de trois planètes lentes, Jupiter, Saturne et Uranus dans le premier décan du Bélier, en 1761-1762, c’est-à-dire au cœur de la période que les historiens ont retenu comme point de départ de la révolution industrielle en Angleterre. Il n’est pas saugrenu de voir dans cette triple rencontre planétaire le marqueur astrologique le plus patent de cette grande impulsion technique qui va bouleverser l’organisation traditionnelle de nos sociétés. L’Angleterre se modernise avant la France.

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Notes

(1) septénaire : les 7 planètes connus des Anciens jusqu'à Saturne, visible à l'oeil nu pour les premiers astronomes.

Paradoxe uranien

   Dane Rudhyar dans son ouvrage L’Histoire au rythme du cosmos (Editions universitaires, 1983) écrit en substance que le XVIIe siècle revêt toutes les caractéristiques saturniennes, tant socialement que culturellement avec la glorification de l’ego de Louis XIV (« L’Etat, c’est moi »). Versailles est l’image parfaite d’une société de cour aristocratique et formaliste au plus haut point. 

   En s’identifiant au Soleil, Louis XIV ne fait qu’intensifier la dimension saturnienne, dernière planète du septénaire, et donc s’approprier l’univers visible dans sa totalité : principes de la monarchie de droit divin, union de l’Eglise et de l’Etat (Jupiter allié à Saturne), privilèges sociaux de la noblesse, dogmatisme religieux (Révocation de l’Edit de Nantes), mécanisme cosmique de Descartes.

   Au début du XVIIIe, cette mentalité est combattue d’abord par la Franc-Maçonnerie (qui voit le jour en Angleterre en 1710) avec son idéal de camaraderie et de fraternité dans le travail, par les Encyclopédistes et enfin par les mouvements révolutionnaires d’Amérique et de France.

   Cependant, le XVIIIe ne croit qu’à la déesse Raison et fait table rase de toute idée acquise pour la soumettre à la méthode rationnelle et scientifique, selon le Discours de la Méthode de Descartes qui, après un certain intérêt pour l’astrologie, la condamne en l’associant à la magie et à l’alchimie : il parle de « mauvaises doctrines » trompeuses, des « promesses d’un alchimiste », des « prophéties d’un astrologue » et des « impostures d’un magicien ». Le 22 décembre 1666, l’Académie Royale des Sciences tient sa première séance et abroge les cours d’astrologie à la Sorbonne, sur l’ordre de Colbert (natif de la Vierge raisonneuse), défendant expressément aux astronomes de s’y intéresser.

   Et le XVIIIe, matérialiste, scientiste et mécaniste, lui emboîte le pas. Condillac compare le cerveau à une glande qui sécréterait la pensée comme une hormone.

   Il n’empêche… Les planètes, indifférentes aux erreurs humaines, continuent leur trajectoire et, ô surprise, voilà qu’apparaît Uranus dans les télescopes. Les philosophes des Lumières, développant le cerveau gauche davantage que le droit, n’y voient qu’un progrès de la science et s’en félicitent. Il est vrai qu’il est alors difficile de juger de l’impact uranien tout au long d’un siècle fertile en découvertes, en innovations techniques et scientifiques qui ne peuvent qu’amener de l’eau au moulin des rationalistes.

   Mais c’est oublier qu’Uranus est avant tout rationnel : il est parfois considéré comme l’octave supérieur de Mercure. Il apporte donc en ce siècle sa curiosité intellectuelle et ses techniques de pointe qui, bien évidemment vont amener des changements réformateurs, un altruisme concret, ainsi qu’un individualisme oriente vers le social et le collectif, le développement de la communication (amélioration des conditions de voyage, découverte de nouvelles contrées, multiplication de la presse écrite à l’origine du développement de l’opinion publique) et la compréhension universelle non plus à partir d’un dogme (Saturne) mais de l’intelligence en action (voir la théorie du « bon sauvage » de Rousseau).

   Telle est sa part de lumière, tel se nomme le XVIIIe siècle.

   Chaque planète a sa part d’ombre. En négatif, Uranus se pervertit en idéalisme utopique, idéologique et dogmatique, en manque d’âme au profit d’un esprit tout-puissant, en déshumanisation et en orgueil.

   C’est ainsi que la Révolution est issue des deux facettes uraniennes, ombre et lumière.  

Découverte d'Uranus

   Il est bon de savoir qu’en 1690, l’astronome John Flamsteed, né à Derby (Angleterre) signale en l’identifiant comme une étoile la planète Uranus. Mayer en 1756 et Le Monnier en 1765 l’observent également mais commettent la même confusion. 

   Donc, Uranus est véritablement découverte le 13 mars 1781 à Bath à 22h 30 par Herschel qui précise seulement : « Le Mardi 13 mars 1781, entre dix et onze heures du soir, tandis que j’examinais les petites étoiles d’H. Geminorum, j’en aperçus une, qui visiblement, semblait plus importante que les autres. Ayant été frappé par sa grandeur singulière, je l’ai comparée à H Geminorum et à la petite étoile dans le quart de cercle entre Auriga et Gemini, et la trouvant beaucoup plus grande que chacune d’elles, j’ai suspecté qu’il s’agissait d’une comète » (in Uranus et l’éveil spirituel, Emmanuel Le Bret, Dervy). Les astrologues, après la rectification du thème basée sur le thème natal de Herschell, les directions, les degrés monomères ainsi que le thème de la découverte de Neptune, inclinent pour 22h 22′. Uranus est alors à 24°27′ des Gémeaux.

Thème natal de la decouverte d'Uranus

   Faut-il s’étonner que l’AS soit en Scorpion ? Si l’on utilise le septénaire, le Maître du Scorpion, Mars, est en II Sagittaire (les acquis jupitériens et conservateurs), trigone au MC en Lion, en opposition à… Uranus des Gémeaux en VIII (transformation), tous deux carré au Soleil en Poissons et en IV (le foyer scientifique est ébranlé). Jupiter (qui représente aussi l’espace), Maître du Soleil est en I conjoint Lune, Maître de IX Cancer (les grands voyages de l’humanité, ici par la pensée).

   Bien entendu, Saturne, Maître de III, est en opposition à Uranus (tension entre l’ancien et le nouveau) et s’accroche au légalisme et à la tradition jupitérienne.

   Si l’on utilise les 12 planètes, la donne change mais le résultat est tout aussi saisissant.

   Pluton, Maître de I, est en III… Verseau (la communication n’est plus saturnienne, mais uranienne et de profonds changements s’annoncent). Il est trigone Neptune au MC en Balance, qui dispose de Vénus et du Soleil. Neptune est en opposition à Mercure du Bélier, Maître de VIII (on peut supposer quelques violentes discussions sur le sujet, d’autant que Neptune, c’est Dieu, qui règne sur l’Univers…). Uranus est maître de IV et apporte des chamboulements dans les assises de la maison scientifique…

   Quant au NN en VI Taureau, il renvoie à Vénus Poissons, oblative, qui lui fait un sextile sympathique et à un Mercure à la fois virginien et combatif qui saura calculer, démontrer et travailler (notion de service scientifique rendu à l’humanité).     

   La découverte d’Uranus précède de huit ans la Révolution Française qui a lieu lorsque le Soleil progressé entre en Bélier, signe de tous les combats.

Thème natal d'Herschel

   Le TN de William Herschel est sidérant.

Thème natal de William Herschel

   Né à Hanovre (Allemagne) le 15 novembre 1738 (heure inconnue), il a le Soleil en… Scorpion, Maison I de sa découverte, avec laquelle il s’identifie. Il a 43 ans, l’âge uranien par excellence et le Soleil progressé vient de passer sur Uranus natal. 

   La conjonction Lune/Vénus/Uranus en Capricorne sous la maîtrise de Saturne signe le savant et s’oppose à la conjonction Mars (en Bélier)/Neptune/Saturne en Cancer, sous la maîtrise de la Lune pour ces deux dernières planètes. La réception mutuelle Lune/Saturne accroît l’importance de ces deux significateurs : la Lune/humanité est confrontée pour la première fois à une donnée essentielle, celle de la transgression du temps, représenté par Saturne : les temps sont mûrs pour une nouvelle vendange. Uranus, avec humour, va traverser le Capricorne dévolu à Saturne et le narguer, bien en face.

   Autre conjonction importante, celle du trio Soleil/Mercure/Pluton en Scorpion, sextile aux planètes en Capricorne et trigone à Saturne/Neptune en Cancer : de toute manière, Herschel est voué à la réussite.

   Lorsqu’il pointe son télescope (qu’il a lui-même bricolé) sur Uranus, la planète est conjointe à son Mars natal en Gémeaux, sextile à son Jupiter et à son NN.

   Tout serait dit s’il ne fallait ajouter qu’il est mort le 25 août 1822 à Slough (près de Londres) à près de 84 ans, au bout d’un cycle complet d’Uranus : Uranus se retrouve sur sa position natale, à 3° du Capricorne. Sir William Herschel le méritait bien !

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